mercredi 31 mai 2017

Montez Christ Haut

Il était une Foi, une âme appelée Jourdain cheminait seule sur un sentier de forêt, à la recherche d’un corps. Elle arriva jusqu’à un plan d’eau dont le reflet irisait tellement au soleil qu’elle ne pouvait rien voir, pas même son reflet, hormis celui des arbres qui semblaient dessiner des lettres au fond du lac : « see me ».. Elle releva l’ombre d’elle-même et vit se dresser un beau château, paré de multiples tourelles aux toits pointus, dressés vers le ciel comme si l’image de la réalité était tirée vers le Haut. Une chose lui sembla curieuse ; la porte d’entrée faisait face au plan d’eau, de sorte qu’il était impossible d’y rentrer par la terre ferme mais qu’il fallait y aller en barque ou bien être un animal semi-aquatique.

L’âme se décida d’aller jeter sa présence à l’intérieur de cette bâtisse, espérant y trouver une autre âme qui vive parmi ces murs. Elle traversa la porte et fut surprise par l’obscurité du hall d’entrée. Seul un vitrail situé en haut du mur du fond, à une hauteur vertigineuse, projetait une lumière extérieure. L’âme prit le temps de s’habituer au noir puis découvrit ce qui s’y trouvait. Des rangées de cellules de prison, tout le long des murs de gauche et de droite, ainsi qu'à l’étage, qui ne disposait pas même de couloir ni d’escalier pour y accéder. C’était comme la façade d’une prison, vu de l’intérieur. Qui pouvait donc vivre ici ?

Elle dessina un escalier pour monter à une cellule située à l’étage sur le mur de gauche. Elle vit alors un petit garçon, tourné vers le soupirail de sa cellule, capter la mince luminosité pour lire un livre qu’il tenait fermement dans ses mains. L’âme osa à peine l’aborder tellement il était absorbé par sa lecture puis lui lança : « Bonjour, qu’est ce que tu lis ? »

Le petit garçon se retourna, un regard impassible sur son visage et répondit simplement « le comte de Monte Cristo »
  •  « Pourquoi es-tu enfermé ici ? »
  • « On m’a enfermé ici… pour ma protection.. des gens qui ne m’ont pas compris.. c’est la Vie qui m’a enfermée.. j’ai peur.. »
L’âme eut envie de rencontrer cet enfant de plus près et trouva une clé qui ouvrit la cellule pour s’assoir à côté de lui.
  • « As-tu besoin de quelque chose ? »
  • « J’ai besoin de quelque chose que je n’ai jamais connu.. j’ai besoin d’Amour »
L’âme tira d’elle un gros cœur rouge lumineux et le tendit à l’enfant pour qu’il le voie. Il resta un moment le regarder, sans y toucher, puis laissa tomber son livre pour le prendre à deux mains et le mit face à lui pour l’admirer sans cligner des yeux. L’émotion était palpable, l’âme pleurait des larmes de sel à l’intérieur et l’anima à plus de présence. Elle lui demanda son nom, il lui dit s’appeler Camille. Elle pensa intérieurement à une jeune fille qu’elle avait connue par le passé. Les frontières sont toujours minces d’une rive à l’autre.

L’âme l’invita à partir d’ici avec elle, à découvrir le monde aux vastes plaines, à grimper aux montagnes et admirer la vue qui coupe le souffle. L’enfant accepta et prit la main manifesté de l’âme pour gagner la sortie. Avant de descendre les marches, l’enfant arrêta sa marche et lui dit que d’autres personnes étaient enfermées ici. Il hésita à le dire car il semblait effrayé rien que de penser à elles.
  • « Il y a une fée maléfique dans la 3ème cellule à côté de la mienne et il y a de l’autre côté, un squelette qui s’amuse à danser avec son chapeau haut de forme, dessinant son ombre quand la lumière se projette sur moi. Au-dessous, il y a un roi tyrannique dont je n’ai pu voir que le visage, hormis ses yeux qui semblent être enfoncés dans ses orbites et dont la seule présence me fait trembler tout le corps. Crois-tu qu’il faille les délivrer ? »
L’âme regarda l’enfant et décida d’aller à chacune de ces cellules ouvrir le passage à l’air libre. Ces 3 personnages se retrouvaient donc avec l’enfant et l’âme hors de leurs refuges. Cette dernière proposa aux détenus de les renvoyer vers le passé afin qu’elles puissent y trouver renaissance et resusciter le meilleur d’eux-mêmes. Ils acceptèrent l’invitation et disparurent dans un tore de lumière. Il ne resta que l’enfant et son âme qui se tenaient toujours par la main. L’enfant posa enfin sa première question : 
  • « Qui es-tu pour détenir autant de connaissances sur ce Monde ? »
  • « je suis la Mort » et il se transfigura en un vieil homme vêtu de blanc comme l’était sa longue barbe. Il tenait un bâton paré d’un crâne de chèvre orné d’une couronne de bois. « Je suis un messager destiné à te faire voir le monde dans lequel tu es attendu. »
Sans dire un mot de plus, il souleva l’enfant et le fit traverser la rosace de lumière pour regagner la terre ferme de l’autre côté. L’enfant regarda le soleil et décida de visiter les vastes plaines, grimper aux montagnes et admirer la vue qui coupe le souffle. Ils s’assirent ensemble sur le plateau pour admirer le paysage d’en bas. Ils s’amusèrent à regarder l’ensemble à l’envers et l’enfant oscillait la tête comme un pendule, rythmé du principe universel qu’est la vie en mouvement.