Combien de fois ce sujet a été traité, par les peintres,
compositeurs, poètes de tous temps qui ont rapproché ces deux contraires qui n’existeraient
pas l’un sans l’autre. L’innocence fragile et sensible face à une puissance
inéluctable intransigeante. D’un côté, l’émotion teinte de rouge un visage doux
et lisse et de l’autre, l’impassible masque noir et émacié enflamment deux
prunelles pourpres de velours. Cela peut être une discussion ou un regard, une
pensée ou une musique pour que les deux parties se mélangent dans une danse
macabre où la spirale du destin les emmènera là où leurs envies les poussent.
Souvent, j'éprouve de la peur à la pensée que
ce sombre visiteur puisse faire faner les roses fraîches que j'ai cueilli avec
tant de passion et d’enthousiasme. Elles sont dans leur vase depuis des années
mais mon Amour les a conservées comme à la première heure. Je me rappelle
très bien ce souvenir agréable, le seul que j'ai conservé depuis mon enfance
et que j'ai promis de préserver du monde incompréhensible qui m’entoure.
Je tremble au fond de moi de rompre cette promesse car ma fragilité m'a
montrée combien je suis rudement mise à l’épreuve de la Vie. Je protège ma sensibilité
au point de l’enfermer en mon cœur car je n’ose pas penser que je puisse
être capable de rentrer en guerre contre le Monde. Pourtant, s’il fallait
disséquer mon cœur, la plus dure des lames humaines n’arriverait pas à le
trancher, préservant le contenu du secret que je porte en moi et que j'ai oublié.
Il renferme toutes mes croyances, toutes mes valeurs sur le monde depuis la nuit
des Temps mais je n'ai jamais été à l’écriture de cela. On me l'a donné en
héritage depuis des siècles et c’est cela, ma promesse à garder à jamais, de ne
pas violer la pureté de ces mystères qui m'appartiennent. Pour autant, je ne sais rien sur moi, ai très peu de souvenirs ; ces derniers ont été
relégués dans une partie obscure de ma mémoire dont je peine à trouver la
clé. J'ai pourtant de l’imagination et de l’inspiration qui me transportent,
sur cette planète où j'ai du voir le jour et que j'ai quitté quelques temps
après ma naissance et dont je garde une lourde émotion. Je peux la
ressentir, l’entendre mais n’ai pas la possibilité de la voir. Je ne vois rien
que des ombres floues, à peine colorées et cela m’attriste au point de me
sentir en insécurité ici-bas. La nuit, heureusement, des images me ramènent et m’aident à mieux supporter ma sensation d’être à l’envers et contre tous.
J'ai de nombreuses valeurs à mon étendard, je me bats pour ne pas entacher mon cœur de funestes émois car les autres me causent de
nombreuses peurs, de nombreuses peines et il me faut énormément d’énergie pour
calmer mon ventre qui se tord dès le petit jour. J'ai cette impression d’être
seule à lutter sans arme face à une armée de loups sans foi ni loi.
Alors ce jour-là, j'accueillis la mort sur un
coin de mon lit et pensa que ce guerrier sombre et lugubre pourrait bien être mon allié pour défendre mes causes justes et honorables. Que donner la mort à
raison peut offrir la vie à l’imagination, à tous ces rêves perdus dans mon Inconscient qui résonnent de leurs forces à s’émanciper. La mort a sans doute
elle-même sa propre musique qui joue plus forte et plus haute que toutes les
symphonies écrites de mains de maître et me réjouis de l’extase d’être aux
commandes de la baguette !
Je comprends de ne plus rester passive
comme ma peur me l'imposait et que mon cœur hors du commun, devenu dense comme
de la pierre, pouvait désormais être mis à l’épreuve du Monde, du Temps, des
Hommes. Je pense enfin être capable de transcender ma Nature grâce à la Mort
qui me montre le sens inverse pour avancer. Je saisis les fils des mains de
la Mort et commence à échafauder une grande armature où différents nœuds représentent
les marques du Temps. Je m’ajoute de nouvelles compétences pour travailler au
corps toute la partie droite de ce tableau qui n’a jamais connu de
personnages mythiques, pour me redonner enfin l’honnêteté de me voir telle que je suis face au miroir qu’est la Mort.
Je revois dans mes yeux, le moment où j'ai cueilli ses
fleurs et me rappelle que la Nature m'avait donné de voir tout ce que je ressens maintenant. Je n’ai voulu me rappeler que les branches, les oiseaux, les
fleurs parfumées, sans me soucier des racines, de l’humus , des insectes
souterrains et rampants. A ne voir que d’une couleur, on en oublie le contraste
qui donne à la lumière tout son éclat. A s’émerveiller des belles choses
extérieures, j'en ai oublié que je suis moi-même crée par cette Nature, et
en avais perdu mes racines. Je protège un bien commun mais avais oublié pourquoi
je le détenais.
Ainsi, je me nourris de nouvelles forces de Vie dont la
Mort m'a fait prendre conscience, accepte l’antinomie des valeurs que j'avais repoussé avec violence jusque là et délivre
désormais par cœur le message que je me suis donnée ici bas : « je
suis le mouvement que je suis ».
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