C’est le temps des moissons, le
paysage change ses formes de couleurs mordorées ; les céréales mûres de l’été
ont rempli leur mission et ont été fauchées par une lame tranchante.
La question n’est pas de convenir
si cela est, ou non, un acte barbare, tout en cet univers converge vers l’entropie,
aucun remord particulier à récolter ces
plantes à la fleur de l’âge avant qu’elles ne vieillissent et retournent à la
terre. L’observation d’un champ fraîchement coupé m’a plutôt fait baisser les
yeux sur ce qu’il se passe à l’orée du sol : des petites herbes ont
désormais le champ libre de pousser. Elles étaient pourtant présentes depuis un
temps inconnu, invisibles à l’œil car coincées hors de portée de la pleine
lumière et trop fragiles pour interférer avec leurs géantes voisines, mises ici
par la mécanique du semeur. Ces monstres de l’espace ont été implantés pour
leurs têtes productivistes, cultivées de la même manière depuis des générations,
considérées comme des entités indispensables au bon fonctionnement de l’être
humain, leur raison d’Êtres en vie.
Si nous renversons le point de
vue à celui de la Terre, arrivera-t-elle aux mêmes conclusions ? Certes,
elle ressent une certaine satisfaction à ne plus porter une si imposante masse uniforme ;
cependant elle a subi plusieurs infections exogènes pour ne différencier que
celle-là précisément et redoute d’en recevoir à nouveau. Ces petites herbes lui
redonnent saveur, consistance, fraîcheur et renaissance… et elles, ne demandent
qu’à pousser. Elles sont plus robustes car sauvages, plus résistantes car ayant
connu des conditions difficiles de croissance pour accéder à la surface. Elles grandissent
ensemble à leurs manières, fortes de leurs idées versatiles et controversées.
Il est difficile d’évoluer dans
un champ de la sorte. Les tiges moissonnées
restant très dures, il est facile de se blesser le pied. Ces réminiscences
protègent les nouvelles pousses de se
faire piétiner immédiatement et leur donnent la possibilité de s’épanouir plus
agréablement que leurs propres conditions. Parfaites symbiose et synchronicité
du Temps. La Terre leur apporte support et nourriture ; les anciennes
géantes un modèle de sagesse. Leur survie n’est pas assurée pour autant mais c’est
par la richesse de la Terre, qui apporte continuellement, que la Vie se
transforme naturellement. Si cette symbiose
arrive à se constituer jusqu’au cœur du semeur, alors l’évolution des
données sera sauvegardée par le champ raisonné de l’Homme allié à celui
quantique de la Nature.
On se ritualise à aimer certaines
variétés de peur de voir croître des entités
différentes, non usuelles, dont on ne connait pas la conformité. Un juge mental
qui cherche à étouffer la Nature infinie et qui ne vit donc pas par sa raison
(d’Être). Or, le monde des Idées est le terreau des pensées ataviques ; peu
importe ce qui pousse sur Terre, c’est la façon dont on la regarde qui
transforme la matière, nourrie par notre Esprit fécond.
« Plantons-nous, on verra
bien ce qu’il poussera » (sic).
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire